Laudato si’ : l’avenir de notre maison commune.

Depuis plusieurs semaines maintenant, nous vivons une période inédite de confinement qui nous impose de changer pas mal de choses dans notre quotidien.  Un tout petit virus a pointé le bout de son nez, et il a beaucoup à nous apprendre sur notre vulnérabilité et sur le fait que notre avenir dépend de la solidarité dont nous pourrons faire preuve, en respectant tous les consignes données, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres.

Quelques jours avant le début du confinement, notre diocèse organisait deux journées de formation, sur le thème : « L’avenir de notre maison commune : 5 ans après « Laudato si’ ».  Plusieurs éminents invités nous ont aidés à nous interroger, à nous bousculer, à entrer dans l’encyclique du pape François pour en ressortir transformés.

Vous ne savez pas de quoi il s’agit ? Regardez cette courte vidéo qui nous en dit plus :

Et si vous souhaitez aborder ce thème avec vos enfants, voici également un lien intéressant :

Vous voyez de quoi on parle à présent ?

Et bien, dans notre diocèse, on a compris que cette question de l’avenir de notre maison commune (chère à notre pape) ne peut plus être subsidiaire mais doit devenir essentielle dans notre manière de vivre au quotidien, en famille.

Confinement et conversion écologique…

Les ressources de notre terre ne sont pas inépuisables.  Lors des premiers jours du confinement, nous avons vu des gens se ruer dans les grands magasins sur les produits de première nécessité, vidant des rayons entiers, sans penser à ceux qui suivaient et qui ne trouveraient plus rien.  D’une certaine manière, dans nos pays occidentaux, nous agissons de la même manière avec la terre et ses ressources.  Ce n’est pas juste.  Il nous faut revenir à une manière de consommer plus équitable, sans enrichir les plus riches et appauvrir ceux qui n’ont déjà pas grand-chose pour vivre.  Ce temps de confinement nous a montré que la surconsommation n’est pas indispensable pour être heureux, alors que les liens que nous tissons entre nous sont porteurs de joie et de bonheur.  Aurons-nous l’occasion d’y repenser, une fois que la vie aura repris son cours normal ?  Aurons-nous la sagesse de tirer les leçons de cette expérience inédite, qui est venue comme tirer une sonnette d’alarme pour l’avenir de notre planète ?

Le réchauffement climatique et ses conséquences (réfugiés climatiques, nombreux décès dus à des vagues de chaleur et à la pollution, bouleversement des écosystèmes dont nous dépendons), nous imposent de revoir notre manière de nous déplacer, de nous chauffer, pour sortir petit à petit de l’utilisation des énergies fossiles (responsables en grande partie de la production des gaz à effet de serre qui provoquent ce réchauffement global de la planète) au profit des énergies renouvelables.  Nous savons aussi que les premiers touchés par ce réchauffement global sont les plus fragiles.

Ces dernières semaines, les usines fermées, les transports bloqués… nous font entrevoir un air plus respirable, un ciel plus dégagé, des cours d’eau, bras de mer, qui redeviennent lieux de vie pour de nombreuses espèces marines.  Tout cela doit nous faire réfléchir à la place de l’humain au sein de la création.

Notre modèle économique, basé uniquement sur le profit et dans une logique de mondialisation, s’est effondré… Et nous n’en mesurons pas encore toutes les conséquences… La vie nous impose de redéfinir quel genre de société nous voulons pour demain.

Saurons-nous tirer quelques enseignements pour que la « reprise » ne soit pas un « copier/coller » des erreurs précédentes ? Cette décroissance forcée, ce retour aux priorités essentielles devraient avoir le pouvoir de changer notre regard et nos actions individuelles et collectives pour un monde plus en phase avec notre nature profonde…

Alors, ça y est, la conversion écologique est amorcée chez vous ?

Pour ceux qui veulent aller plus loin :

Approche chrétienne de la crise écologique.

En tant que chrétiens, nous avons intégré le message du récit de la création dans la Genèse (Gn 1 ; 28), par lequel Dieu donne à l’homme la mission de soumettre et dominer la terre.  Encore faut-il bien le comprendre : il s’agit bel et bien d’accompagner, de poursuivre le processus créateur et non de donner les pleins pouvoirs à l’être humain.  La Terre ne nous appartient pas, nous n’en possédons que l’usufruit.  Or, toutes nos relations sont entachées par la convoitise et le désir de dominer, par le refus de la limite.  C’est l’essence même du péché, qui est à l’œuvre aujourd’hui dans la crise écologique.  Aujourd’hui, il nous faut nous regreffer au projet de Dieu sur la création, projet qui tenait dans une visée triangulaire de relation saine entre

DIEU – L’ETRE HUMAIN – LA CRÉATION NON HUMAINE

Cette conversion nous oblige à défendre la spécificité de la personne humaine, dans sa liberté et son action, tout en pensant le non-humain comme ayant une valeur propre, sans toutefois revenir au paganisme qui valorise à l’extrême les animaux et les végétaux.  Cette question du statut de l’animal par rapport à l’humain est très présente dans la société civile actuellement.

Notre vision du monde, comme enfants de Dieu, est empreinte d’espérance ; espérance dans la bonté du créé (« Et Dieu vit que cela était bon »), espérance dans les ressources de la création pour faire face au défi.  Le Salut chrétien se vit déjà ici et maintenant par nos actions concrètes car elles construisent le Royaume de Dieu.

Un peu de philosophie…

Les racines humaines de la crise écologique sont claires.  Mais pourquoi l’Homme a-t-il dévasté la Terre ? Et que faire à présent ?

D’après la philosophe Isabelle Stengers, intervenante lors de la formation, c’est par manque d’imagination que nous avons saccagé notre héritage… Nous nous sommes laissés emballer, fascinés par le progrès… Nous en éprouvons une honte, mais celle-ci peut être un puissant motif pour penser et agir.  Au contraire de la culpabilité qui paralyse, prenons la mesure de notre responsabilité (« respons-hability ») et engageons-nous sur un chemin capable d’une réponse à la mesure du problème.  Oui, nous avons dévié, mais souvenons-nous que nous pouvons être dans l’erreur, le tout étant de le reconnaitre et de réparer ce qui est de notre responsabilité. 

La conversion écologique tient dans la réactivation d’une culture de la sensibilité et de l’interdépendance.

Pourquoi le pape parle-t-il d’écologie intégrale ?

Parce que notre monde vit aujourd’hui, non pas une crise environnementale, mais également une crise sociale et économique (nous pourrions à présent rajouter une crise sanitaire…) et tout est lié.  Nous devons prendre en compte ces aspects dans nos recherches de solutions ; préserver la nature ne pourra se faire qu’en rendant aussi la dignité aux exclus et en combattant la pauvreté, dans une démarche qui ne peut être que participative et solidaire, dans une recherche de liens de proximité, dans une vie qui s’intègre dans un écosystème.

En tant que chrétiens, nous sommes vraiment attendus dans ce domaine, nous avons le devoir d’être cohérents dans notre manière de vivre.  L’Esprit Saint, qui n’est que dynamique de vie et circulation d’Amour, nous inspire…Nous pouvons nous en émerveiller !

En conclusion…

Laissons-nous émouvoir, bouleverser par le cri de la Terre et par celui des pauvres, pour aller vers un changement.

Soyons lucides sur la réalité de notre monde et en même temps, résistons au cynisme ambiant en gardant ce regard qui s’émerveille de la beauté présente partout.

Résistons à la fascination du progrès et de la consommation, et osons une sobriété heureuse.

Multiplions les lieux de dialogue autour de cette question de l’écologie intégrale, en sortant des caricatures.

Rappelons-nous que notre vie a du sens par le lien que nous créons avec les autres, mais aussi avec tout notre environnement.

Pratiquons au quotidien la technique des « petits pas » et dialoguons en famille pour réfléchir et décider ensemble les PPP (plus petits pas) que nous sommes prêts à mettre en œuvre dès aujourd’hui.

Osons nous engager dans des mouvements citoyens ou/et politiques, qui donnent la place première à l’homme (en commençant par le plus fragile) et à l’environnement, plutôt qu’à l’économie et au profit à tout prix.

Soyons inventifs et demandons à l’Esprit de Dieu de nous inspirer !

Voici deux prières qui sont offertes par le pape François en guise de conclusion de son encyclique « Laudato si ».  N’hésitons pas à utiliser ces mots pour inspirer notre propre prière, mais aussi notre action.

Prière pour notre terre : cliquer ici

Prière chrétienne avec la Création : cliquer ici