En église, réfléchir aux questions de l’homosexualité et du genre

Nous avons besoin de nous écouter, d’aller au-delà des préjugés ou des rumeurs, pour participer ensemble à l’engagement du Christ quand il vient tout assumer de notre condition humaine.

En 2018, lors du synode diocésain des familles, la pastorale des couples et familles s’est ouverte aux personnes homosexuelles en invitant un couple d’hommes à participer et à intervenir dans les vidéos de conclusion. Dans la continuité et dans l’esprit de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, notre diocèse a vu naître en mars 2021, au sein de son service pastoral des Couples et Familles, un groupe de travail sur les questions de l’homosexualité et du genre. Ce groupe de travail est nommé communément « LGTB+ en Eglise », il rassemble 14 personnes :

  • Des chrétiens engagés en paroisse et homosexuels dont un couple.
    • Une ancienne animatrice en pastorale des jeunes du Brabant wallon.
    • Des parents chrétiens dont un de leur enfant a changé de genre.
    • Une femme, étant devenue femme après avoir été homme.
    • Deux prêtres, un belge et un congolais.
    • Des animateurs.rices en pastorale.
    • Une religieuse.

Il est porté par Stanislas Deprez, Marie Gralzinski et Bruno Vandenbulcke. Le vicaire général Olivier Fröhlich soutient et valide les propositions émises.

Les initiatives de ce groupe de travail s’ancrent dans la volonté de :

  • témoigner d’un Dieu qui aime l’homme et veut son bonheur ;
  • souligner l’accueil inconditionnel de l’Eglise envers toutes et tous ;
  • permettre à nos communautés chrétiennes de progresser dans la compréhension de ces problématiques.

Nous vous invitons à lire attentivement le texte suivant, fruit des 6 premiers mois d’existence du groupe de travail LGBT+ en Eglise. Bonne lecture !

Des baptisés en chemin

Les personnes homosexuelles et transgenres, quand elles se déclarent chrétiennes, vivent souvent un conflit subtil vis-à-vis de l’enseignement du Magistère qui se révèle à deux niveaux et ce, indépendamment de leur manière de vivre leur orientation sexuelle. Le tiraillement se noue par rapport à ce qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes et par rapport à leur appartenance à la communauté de foi. Le conflit ainsi positionné se décline de bien des manières et sous bien des angles. Quand ces mêmes personnes témoignent, elles mettent souvent en évidence l’incapacité de recevoir dans leur situation de vie concrète le discours entendu et officiel sur ce qu’elles sont, sur ce qu’elles doivent faire et ce sur quoi elles doivent s’abstenir. Les monitions d’accueil et de bienveillance ne suffisent généralement pas à guider, fortifier, réconcilier, avancer en vérité. La situation est dommageable en ce sens que la personne expérimente alors le fait de ne pas trouver dans le discours de l’Eglise de quoi baliser sa vie « ainsi faite », de quoi mobiliser des ressources lui permettant de réconcilier en profondeur ce qu’elle est, ce qu’elle vit, avec ce que la communauté à laquelle elle est attachée croit. Ce conflit peut être vécu de manière dramatique lorsque la personne estime que ce qu’elle reçoit ne lui offre pas les moyens de construire un avenir possible en Eglise. Force est de constater que la rupture n’est pas forcément consommée. Certains itinéraires de vie manifestent au contraire que le conflit, toujours latent, n’est plus un obstacle insurmontable à la réconciliation des identités personnelle et communautaire.  La majorité des témoignages qui vont en ce sens comportent des allusions claires à la « condition d’enfant de Dieu », à la certitude que « Dieu ne reprend pas l’amour qu’il a donné », ou encore à la conviction d’être « un chrétien à part entière », autant d’expressions qui font référence dans la conscience chrétienne contemporaine à l’identité reçue le jour du baptême. Le baptême comme socle de la réelle identité des enfants de Dieu signifie le lieu où tous peuvent se retrouver, se situer, se regarder, s’exprimer. Un mouvement de confiance résolue dans l’initiative divine peut être alors amorcé, un mouvement qui fait discerner tous les êtres et tous les événements dans la perspective d’une marche vers le Père.

En intelligence avec le temps, il nous semble que nous ne sommes pas appelés à chercher d’abord des solutions disciplinaires (ce qui serait permis et ce qui serait défendu), mais à prendre en considération les personnes, avec leurs situations concrètes. « Cheminement » est un terme qui a beaucoup d’implications. Il indique qu’un chemin est ouvert, et non pas fermé, et que sur ce chemin, il s’agit d’avancer, en pratiquant non pas des contrôles douaniers, mais le respect et la confiance à l’égard des personnes, en acceptant d’être évangélisés par ces rencontres, parce que nous participons à notre humanité commune. Nous avons besoin de nous écouter, d’aller au-delà des préjugés ou des rumeurs, pour participer ensemble à l’engagement du Christ quand il vient tout assumer de notre condition humaine. Cela signifie qu’il faut élargir nos horizons. Les épreuves de l’amour humain ne valent pas seulement pour les personnes homosexuelles ou transgenres. C’est l’amour lui-même qui est éprouvant. La vie chrétienne constitue un ensemble vivant et complexe. Mais rien de cet ensemble vivant ne peut échapper à l’Alliance du Dieu vivant avec nous. Le lieu primordial où Dieu travaille, ce sont nos consciences, nos cœurs, nos corps, nos relations, nos amours et nos amitiés et, dans ces domaines si sensibles, « rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. » (Rm 8,38)